Enquete nationale
retour à la page d'accueil de prostitutions.info
ActualitésTémoignagesDébatsRessources
   
  Les intellectuels face à la prostitution
 

Longtemps en proie au malaise, des intellectuels commencent à prendre position sur la question de la prostitution. Eux aussi sont divisés.

Dans son édition du 31 juillet, le journal Le Monde a opposé les points de vue de deux femmes de poids, Gisèle Halimi et Elisabeth Badinter.

JPEG - 3.2 ko
Gisèle Halimi

Sous le titre « L’esclavage sexuel, pépère et labellisé », Gisèle Halimi, avocate, présidente de Choisir la cause des femmes, affirme que « la prostitution est le paroxysme du non pouvoir d’une femme sur elle-même. Sur son corps, son affectivité, sa vie. La femme marchandise, chosifiée, est vendue au plus offrant, au plus truand. Souteneur ou bande organisée. En France, des dizaines de milliers de femmes, des centaines de milliers dans le monde, sont ainsi livrées au pire des destins. Faire de son sexe l’objet de l’échange argent-plaisir n’est jamais, quoi qu’on dise, librement consenti. Un rapport de forces socio-économiques qui anéantit toute liberté est omniprésent. ( ... ) Interpréter le "mon corps m’appartient" des féministes comme le droit de le vendre est un non-sens. Et la négation parfaite de la misère, du déracinement, de l’inculture ainsi que des méfaits de la mondialisation marchande. » Gisèle Halimi propose de « poursuivre le consommateur », et pas seulement celui des mineurs.

Sous le titre « Rendons la parole aux prostituées », Elisabeth Badinter, philosophe et écrivain, invoque « un droit chèrement acquis », « la libre disposition de son corps » : « C’est au nom de ce principe-là que les femmes ont acquis le droit d’avorter La banalisation de l’avortement ne doit pas faire oublier qu’il s’agit toujours dune véritable mutilation. Mais, en dernier ressort, c’est la femme qui doit être maître de cette décision et non l’État.

JPEG - 1 ko
Elisabeth Badinter

C’est également au nom de la libre disposition de son corps que nous devrons admettre un jour ou l’autre le droit des transsexuels à se faire opérer, c’est-à-dire à la castration. Des voix s’élèveront contre cette atteinte définitive - à l’intégrité du corps, d’autres fustigeront ce délire des victimes que sont les transsexuels, mais là aussi, en dernier ressort, c’est à eux de choisir. Alors, si une femme préfère gagner en deux nuits ce qu’elle ne gagnerait pas en un mois à l’usine, qui peut décider à sa place de l’utilisation de son corps ? »

Fidèle à sa tradition libertaire, le journal Libération, dans ses pages Rebonds, donne la parole aux défenseurs de la « liberté de se prostituer ». À côté de Daniel Borillo, juriste qui le 5/07 invite à faire de la prostitution une « profession à part entière » et estime que la liberté « implique aussi le choix d’avoir des rapports sexuels avec une ou plusieurs personnes, gratuitement ou moyennant rétribution », Marcella Lacub, également juriste affirme le 24/07 : « Parler d’esclavage, c’est remettre en cause la liberté de consentir des personnes adultes, et rendre flous les critères pour distinguer crime sexuel et acte consenti. » ( ... ) « Jugerait-on de la même façon d’autres métiers, comme la couture ou la cuisine, du seul fait qu’ils sont aussi parfois réalisés dans des conditions d’esclavage en France même ? » Marcella Lacub reconnaît que la liberté dans la prostitution est « limitée » mais balaie cette restriction d’un revers de la main puisque c’est « propre à toute forme de travail ». Le 19 juillet, sous la plume d’Antoine de Gaudemar, Libération avait clairement choisi son camp : « En dehors des réseaux avérés d’esclavagisme et de traite des mineurs, contre lesquels la lutte doit être impitoyable, vouloir interdire le commerce du sexe est absurde : à partir du moment où il est librement consenti, mieux vaut l’organiser, le contrôler du mieux possible en matière d’hygiène, de sécurité et de respect de la personne humaine, et non pas le laisser à la seule exploitation des proxénètes. »

Pour Gisèle Halimi, avocate, Interpréter le « mon corps m’appartient » des féministes comme le droit de le vendre est un non-sens.

Mais pour Elisabeth Badinter philosophe : « Si une femme préfère gagner en deux nuits ce qu’elle ne gagnerait pas en un mois à l’usine, qui peut décider à sa place de l’utilisation de son corps ? »


 
[ retour au sommaire de la rubrique - haut de page - imprimer la page ]